Revenons 15 ans en arrière. L'équation était bien plus simple qu'elle ne l'est aujourd'hui. L'environnement tant international que national était propice aux changements démocratiques. La France l'avait privé de son soutien, les milices n'existaient pas, l'armée lui avait fait défaut. Le peuple, à l'unisson, lui avait donné une claque et ne voulait plus entendre parler de lui. Il s'en était allé, très blessé, trop peut-être, avec un coeur rempli de rancune. Commence alors une phase très cruciale du rendez-vous du Congo avec lui-même. Un rendez-vous manqué avec l'histoire, qui a précipité la jeune démocratie congolaise dans un catafalque. Mais qu'ont-ils fait ces Congolais de leur démocratie si chèrement conquise pour la laisser filer aussi facilement ? Ici, la divergence des versions pour justifier l'injustifiable est telle que partisans et adversaires ont leur propre lecture et interprétation des faits. Sans le savoir, les milliers de morts qui s'ensuivirent furent autant de balles et de coups mortels qui vinrent à bout de cette démocratie naissante. Ainsi, les Congolais venaient d'ajouter une multitude d'inconnues à cette équation déjà bien difficile à résoudre auparavant, pourtant en passe de l'être. Un vrai casse-tête congolais.
Revenu au pouvoir, torse bombé, il savoure sa revanche. Les faits parlent d'eux-mêmes. On ne compte plus les cas d'enrichissement, de gabegie, les faits délictueux qui ailleurs, auraient déjà fait sauter la république, mais pas au Congo. Le festin familial peut continuer et Sassou a toutes les raisons de se le permettre. Une opposition inexistante, une armée moribonde, des milices à sa solde, l'armée des pays amis aux portes de la capitale, une population médusée et traumatisée par des guerres à répétition, le papa Chirac qui lui garantit son règne, la menace de la paix brandie au moindre soubresaut d'une voix discordante, une démocratie en paillettes gangrenée par la corruption de ses adversaires et la prolifération des associations de ses fils et neveux, sont autant d'atouts dont il se sert avec maestria pour prendre tout un pays en otage.
La donne a changé. Depuis lors, les Congolais s'en mordent bien les doigts et tournent en rond. Nombreux dans tous les milieux n'osent plus y croire et se laissent gagner par le pessimisme. N'allez surtout pas leur parler de changements. Volontiers, ils en reconnaissent la nécessité, mais ils se sentent pris dans une nasse et échafaudent sans succès les scénarios de sortie de ce qu'il convient d'appeler une prison. Alors, ils se tournent les pouces en attentant un hypothétique messie pour les en libérer. Il est vrai que les divisions d'un côté et l'absence d'un vrai leader charismatique, à même de fédérer et de susciter l'adhésion des populations, de l'autre, ne poussent guère à l'optimisme. Une certaine bérézina semble avoir entamé le moral des plus fervents. Les yeux rivés sur la France qui joue son destin en Avril et Mai 2007, les Congolais, très naïfs en attendent monts et merveilles. Même l'exemple de la Côte d'Ivoire ne semble pas les inspirer. Ils oublient que nous sommes dans un rapport de forces et que la France ne nous apportera jamais tout ou partie de ce que nous voulons sur un plateau en or, surtout quand il s'agit de ses intérêts. Des intérêts français, parlons-en. Contrairement aux Congolais, les Français savent défendre bec et ongle les intérêts de leur pays. N'attendez pas d'eux qu'ils vous sortent de leur joug. C'est du pur fantasme. La problématique est la même que celle de l'accession aux indépendances. Il faut lutter.
Il parait que 2007 et 2009 sont des années d'hypothétiques élections au Congo dont l'issue ne fait aucun doute. Un mince espoir de voir les Congolais sortir de leur tourbière et se débarrasser pacifiquement de Sassou, ce fardeau qui ne veut plus les quitter. L'espoir est si mince que même les élucubrations des apparatchiks aigris dans une chapelle aux m½urs monopartistes (2), furieux de voir les pétrodollars leur filer sous le nez, semblent avoir suscité un immense espoir de libération. Peine perdue. Le désespoir est à son comble. Sassou entend faire durer sa prise d'otage et le festin familial. Pendant ce temps, le peuple mord la poussière et les Congolais peinent à trouver la clé du salut. Le Congo reste ainsi un véritable bourbier.
Tant est vrai que le Congo est une poudrière prête à s'enflammer à la moindre étincelle, ceux des rares congolais qui n'ont pas encore prostitué leurs convictions ni succombé au festin, doivent se convaincre de la nécessité de faire sauter le verrou. Cela demande de l'audace, du tact et surtout de l'imagination. Les Congolais peuvent maugréer, Sassou et ses comparses ne sont pas invincibles. Seules les élections transparentes, dans les mêmes dispositions que celles de 1992, feront partir Sassou sans mettre en péril la paix ni la vie de nos concitoyens. Il faut l'y contraindre car le boycott est une bouée de sauvetage inespérée à son maintien au pouvoir. Partant du postulat que toute chose a un début et une fin, si le Congo échappe à la succession familiale Sassouiste, il faudra du génie et du talent pour arriver à démanteler tous leurs réseaux et empires pétroliers, sans qu'ils aient à réactiver leurs milices mises en veilleuse. Mais, à l'avenir, tirons les leçons des erreurs du passé. Soyons plus regardants et passons au peigne fin, ceux et celles qui solliciteront notre suffrage.
N'est pas démocrate qui le décrète, une dictature peut succéder à une autre !