Le Congo vit au rythme de ces élections qui à en croire certaines gens ne seront ni transparentes, ni indépendantes, car les faits révèlent la façon dont le pouvoir se prépare à une fraude massive et hallucinante.
Dans ce jeu de diables boulimiques qui trinquent et sans c½ur, la population congolaise muselée, jette son regard apeuré sur l'opposition congolaise. Et cette opposition appelle déjà au boycott d'un scrutin qu'on reconnaît peu enthousiaste, car les règles de démocratie et de transparence ne seront pas observées par le pouvoir.
Pourtant, Boycotter ces élections du 24 Juin prochain isolerait un peu plus l'opposition, et cela contribuerait à renforcer le régime du président Sassou, mais faut il pour autant participer à cette mascarade électorale ?
Sassou-Nguesso viole sa propre constitution taillée sur mesure en 2002 et met en péril le fragile équilibre de la société congolaise troublée par les affres des guerres successives.
En premier lieu, la violation de la Constitution s'explique par des faits.
Pour vous éclairer, L'article 111 de ladite constitution stipule que les découpages territoriaux relèvent de la loi. Or dans ce cas précis, c'est le gouvernement, qui en conseil de ministres, s'est référé à l'article 84 de la loi électorale de 2001 qui l'autorise à procéder par décret pour faire le découpage territorial. Ensuite, le Président de la République vient de signer un décret n°2007/271 du 21 mai 2007 convoquant le corps électoral. Il s'est référé à la loi électorale de 2001 qui est l'émanation de l'Acte Fondamental de 2001, à la sortie de la guerre et qui est devenu caduc avec l'adoption de la nouvelle constitution en 2002.
L'article 56 de la Constitution dans ses alinéas stipule ceci : « Le Président de la République est garant de la Constitution, de l'indépendance nationale, de l'intégrité nationale et du respect des traités et accords internationaux. Et le préambule de notre constitution dit clairement que les textes juridiques internationaux ratifiés font partie de celle-ci. A ce jour, le Congo a ratifié 3 accords internationaux.
La Déclaration de Bamako de décembre 2000, que le Congo a ratifiée, qui dit clairement : « Les parties signataires doivent s'assurer que l'organisation des élections, depuis les opérations préparatoires et la campagne jusqu'au dépouillement des votes et à la proclamation des résultats y inclus le cas échéant les contentieux, s'effectuent dans une transparence totale et relèvent de la compétence d'un organe crédible dont l'indépendance est reconnue par tous.
En outre, la Déclaration de la Communauté des Etats de l'Afrique centrale (CEAC) sur le processus électoral adopté en juin 2005 lors de la conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement tenue à Brazzaville, Les chefs d'Etat et de Gouvernement ont pris l'engagement de veiller à la participation, à toutes les étapes du processus électoral, de tous les acteurs et structures concernées.
En plus ce qui est encore plus grave dans ces atteintes délibérées à la violation des textes internationaux sur le processus électoral, c'est le fait que le Pouvoir de M'pila outrepasse les clauses de la Charte Africaine de la Démocratie et la Gouvernance, adoptée en 2007 sous règne du président Sassou à la tête de l'Union Africaine. Dans l'une de ses dispositions, il est stipulé « les Etats parties réaffirment leur engagement à tenir régulièrement des élections réellement transparentes, libres et justes conformément à la Déclaration de l'Union Africaine sur les principes régissant les élections démocratiques en Afrique. À ces fins, tout Etat partie doit créer et renforcer les organes électoraux nationaux indépendants et impartiaux chargés de la gestion des élections. Par contre la Commission nationale électorale (CONEL) mise en place tout récemment n'est pas un organe indépendant car les membres ont été choisis par le pouvoir.
On se souvient du mémorandum de 1997 dont étaient signataires bon nombre d'acteurs politiques entre autres le Président Sassou, le Président Yhombi et Bernard Kolelas. Ils exigeaient la mise en place d'une commission électorale indépendante à l'époque du Président Pascal Lissouba et ce dernier avait répondu positivement à cette revendication en mettant en place ladite commission qui était d'ailleurs dirigée par un opposant, l'actuel ministre Mbemba. C'est la même chose qu'aujourd'hui le peuple congolais demande au Président Sassou.
La raison avancée à l'époque était la corruption de l'administration ; or aujourd'hui cette raison reste valable et pire, la corruption s'est accrue. Comment comprendre que les préfets, sous-préfets, maires, chefs de quartiers et de blocs soient tous membres d'un seul parti politique, le Parti Congolais du Travail (PCT) ? En plus de cela, toutes les structures de l'Etat sont contrôlées par ce même parti. Il y a un fort risque de manipulation des scrutins et des résultats.
Il y a également les déclarations de fin de l'année du Président Sassou de 2005 et 2006 dans lesquelles il faisait de l'année 2006 une année charnière où tous les acteurs politiques devaient se retrouver pour préparer conscensuellement les élections de 2007. Malheureusement, jusque-là, rien n'a été fait et on est au regret de constater que le Gouvernement est en train d'organiser seul ces élections. Il a publié les listes électorales de façon unilatérale en fonction des listes de 2002 et on sait qu'en 2002, il n'y a pas eu d'élections mais plutôt des désignations.
Tout porte à croire que le 24 Juin, l'on se dirige droit vers une mascarade électorale, une fraude massive, mais doit-on les boycotter ?
Il est vrai que les élections seront émaillées d'irrégularités énormes, pour la simple raison que le président Sassou-Nguesso un usurpateur notoire, ne peut jamais remporter une élection démocratique au Congo, voilà pourquoi, et comprenant la situation, il s'est rapproché du messianique Kolélas. Mais cela me laisse à penser que, une opposition structurée, unie, constructive et républicaine, peut faire ombrage au pouvoir despotique de Sassou-Nguesso, car un équilibre politique, un contre-pouvoir même si cela est difficile, pour la simple raison que Sassou-Nguesso qui ne veut pas entendre parler d'une commission électorale indépendante a dores et déjà mobilisé de moyens fallacieux qui permettront à ce dernier d'obtenir une majorité, ce qui serait impossible si l'élection était démocratique.
Pourtant, on est loin des élections de 2002, où la sphère politique congolaise était occupée uniquement par les « fameux vainqueurs » de la guerre qu'ils avaient imposée le 5 juin, mais aujourd'hui cette opposition forte peut faire ombrage aux pratiques destructrices et nuisantes de Sassou-Nguesso qui dirige le pays comme une épicerie familiale.
Je demanderai à l'opposition congolaise de ne pas boycotter ces élections, car cela ne contribuera qu'à s'isoler, et à dégrader les conditions de vie des populations. Il faut participer aux élections du 24 Juin, même si la constitution d'une commission électorale indépendante n'est pas acquise, et ne se voilons pas la face Sassou-Nguesso ne reportera jamais ces élections, et il sait pourquoi.
Avec Sassou-Nguesso les textes de loi, comme du temps du monopartisme, ne sont en général que paravent. L'activité publique s'exerce à l'aune de la dictature. Les hommes politiques évoluent dans une sphère de non droit où tout est permis. Comment pourrait-il en être autrement ?
Comme à son habitude Sassou " l'homme de Mpila ", a transformé les députés en supplétifs du gouvernement, qui au lieu de contrôler la dépense publique, ce qui est leur rôle, sont devenus tous des mécènes. Mais où trouvent-ils tout cet argent ?
Plus les jours passent, toute personne sensée se rend compte que le Congo va droit dans un mur. Même un non expert qui débarque à Brazzaville pour la première fois peut s'en rendre compte sans que l'on puisse lui souffler quoique ce soit à l'oreille. Les faits parlent d'eux-mêmes. Les pères Noël sont partout, distribuant argent et distillant promesses qu'ils ne tiendront pas. C'est dans ces conditions que les Congolais sont appelés aux urnes le 24 Juin 2007 pour le premier tour des élections législatives.
Le plus curieux c'est que c'est à la veille de ces législatives que l'on découvre que le Congo est un pays en chantier; il y a semble-t-il des réalisations partout. Et malgré cela la misère est toujours présente, de plus en grande, de plus en plus sévère. On ne règle rien mais on continue à promettre, pour accréditer la philosophie du maître Sassou qui veut qu'il : « Vaut mieux ne pas résoudre les problèmes, mais faire taire ceux qui les posent ».
C'est en application de ce principe dicté par la plus haute autorité de la nation, que l'on assiste à des fêtes permanentes qui ne constituent que l'arbre qui cache la forêt : car les problèmes sont toujours là, visibles comme une plaie au milieu de la figure, bien que certains font semblant des les ignorer, ou de les minorer.
Les faits démontrent que dans tous les pays où l'opposition a appelé au boycott, les gouvernements sont confortablement assis. Cette attitude a montré partout ses limites dans le sens où elle n'apporte pas de soutien efficace à la population qui continue de croupir toujours dans la misère, pas plus qu'elle n'ébranle l'opinion internationale car cette dernière est toujours légitimiste (Il faut faire avec celui qui est en place). On boycotte mais les pouvoirs demeurent en place.
Presque partout où l'on a appelé au boycott actif il y a eu mort d'homme, car les actions de soutien au boycott, mal organisées, ont été réprimées par le pouvoir.
La nature a horreur du vide dit Charles Dickens, ou mieux à Brazzaville, le ridicule ne tue pas, c'est le meilleur compliment qu'on puisse faire au président Sassou.
